Escales fidjiennes

Publié le par filou-from-mars

La traversée a été difficile. Vraiment difficile. Niue – Fidji, 5 jours de mer.

Le vent soutenu à plus de 25 nœuds en permanence. Une belle houle de 4 à 5 mètres monte la mer. Nous sommes au portant, un chouya de génois tangonné à l’avant. C’est le plus stable que nous ayons trouvé. Je ne sais pas si stable peut s’appliquer ici. Cela nous rappelle la traversée de la mer des caraïbes. En un peu moins long heureusement. Mais, nous ne sommes que deux et le temps de repos est forcément réduit– on ne peut pas vraiment parler de sommeil quand on doit s’agripper à la couchette. Nous nous croisons un peu plus de jour que de nuit mais cherchons surtout à récupérer de notre temps de veille sur le pont. Même Laurène a un peu le mal de mer, c’est dire !

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La houle déferle parfois et nous prions pour que les vagues épargnent notre pont. Moment suspendu, alors qu’une vague grossit sur l’arrière de Filou, qu’elle se lisse, je crois rêver en apercevant un pschitt de respiration. Je préviens Laurène. Elle non plus, ne veut pas croire qu’on puisse voir quelque chose dans ce bouillon. Pourtant, sur la vague suivante, c’est l’intégralité de la baleine que nous voyons surfer. Il faut déjà une bien belle vague pour qu’une baleine surfe. Une forme de soutien pensons-nous.

Les miles défilent et nous approchons de l’archipel des Tongas. Nous hésitons à nous y arrêter tellement la fatigue se fait ressentir. Un coup du sort décidera définitivement pour nous. Au moment de modifier un réglage sur l’enrouleur de génois, celui se bloque. Impossible de réduire la toile. Donc impossible d’arriver sereinement dans une baie parsemée de petits îlots et de récifs affleurant. Il faut donc continuer. Heureusement, le génois est bloqué en position « vent fort » donc il n’y a pas grand risque à continuer ainsi mais je sais déjà qu’il va falloir réparer ça avant notre arrivée aux Fidji. Ce ne sera possible que le lendemain alors que le vent et la mer sont un peu plus calme. Je m’attache donc un bout au harnais et monte au mât tellement penché que je peux quasiment marcher dessus pour l’ascension. Il me faut aller en tête pour vérifier qu’il n’y ait pas un problème grave et graisser la partie supérieure de l’enrouleur. Je dois me cramponner comme un beau diable quand Filou décide de gîter un peu plus. Mais bon, après de longues minutes et sans rien faire tomber à l’eau, je peux enfin redescendre de mon perchoir. Il faut maintenant faire la même opération en bas, au niveau de l’étrave c’est-à-dire à l’endroit du pont qui bouge le plus puisqu’à chaque vague, ça monte et descend quand cela ne tape pas. Au bout du compte, je crois que cela nous a pris 3 bonnes heures d’effort. Après les trois nuits difficiles passées à résister au sommeil, je me demande où nous avons puisé cette énergie. Mais ça marche. L’enrouleur fonctionne à peu près correctement même s’il y a de grande chance de devoir vérifier tout ça au calme. Le fait que Laurène puisse enrouler seule est le test ultime. Il le faut pour que nous soyons autonome l’un et l’autre la nuit. Même si elle se targue d’avoir franchement pris du muscle dans les bras ces derniers temps, si l’enrouleur est un peu grippé, cela rend la manœuvre autrement plus physique.

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Après ces petits amusements de navigation, nous voilà à l’approche de l’archipel des Fidji et en particulier d’un groupe d’îles le plus à l’Est, les îles Lau. Ayant un statut à part, une pseudo forme d’autonomie ayant plus de racines polynésiennes que malaysiennes comme le reste des îles, il n’est pas possible d’y accoster sans autorisation spéciale, autorisation qu’il est indispensable d’obtenir une fois les formalités d’entrée effectuées dans un port officiel d’arrivée. En gros, il nous faut encore naviguer un jour de plus et faire machine arrière pour rejoindre ces îles qui sont réputées splendides…le temps jouant contre nous, il y a peu de chance que cela ne soit possible. Encore une aberration administrative…

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Au milieu de la mer de Koro, qui débute dès qu’on est entré par l’Est dans l’archipel, alors que nous allons entamer notre dernière nuit de quart, nous arrivons au bout du monde. Si Greenwich constitue le degré 0 de longitude, nous sommes au 180 ème. Nous ne pouvons pas être plus loin de l’Europe. A partir de maintenant, en allant plus à l’Ouest nous nous rapprochons de notre point de départ. C’est bête à dire mais cela a donné quelque chose de spécial à cette ultime nuit. Une projection en arrière depuis Marseille où peu à peu nous avons franchi chacune des cent quatre-vingt lignes imaginaires avec pour beaucoup d’entre elles des paysages associés.

Au petit matin, alors que nous avons changé de date par rapport à notre référentiel, nous accostons dans la calme baie de Savu Savu.

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Nous ne quitterons pas cette île pendant les dix jours passés aux Fidji. Les vents forts et l’envie de se poser un peu nous en dissuaderont.

Après les îles minuscules et isolées visitées les dernières semaines, l’archipel des Fidji est à l’opposé. Avec plus d’un millions d’habitants, dont la moitié d’origine indienne, c’est une ambiance bien différente. La domination coloniale anglaise se fait encore bien ressentir. L’influence polynésienne se termine aux portes des Fidji et laisse place aux Malaysiens, peuples à la peau beaucoup plus noire. L’autre moitié des habitants est constituée des indiens venus s’installer ici à la demande des anglais – en contrepartie d’un passeport synonyme de liberté pour eux. Ils ont largement contribué à développer l’île du point de vue infrastructures et détiennent aujourd’hui une partie importante des commerces en particulier. Le coût de la vie est très peu élevé et le tourisme très développé. Les stars américaines du show business et des médias viennent régulièrement ici. Les hôtels de luxe pullulent et la plupart des îles sont très développées.

Ce sera pour nous l’occasion de nous reposer, de faire le plein de nourriture pour le bateau, de faire de très belles plongées et de manger au restaurant, surtout indien d’ailleurs. Des vacances finalement !

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Nous ferons encore de belles rencontres avec en particulier l’étonnant Morgan, texan pur jus, fier de ses origines, installé ici en célibataire depuis des années après avoir vécu en Nouvelle Zélande et en Australie. Un américain qui a vu le monde et qui du haut de ses presque 70 ans continue de l’explorer avec plaisir, son chapeau de cow-boy vissé sur la tête. Il nous a fait découvrir l’île dans son gros truck 4X4 en dévoilant ses projets. Il a entre autre acheté de grandes surfaces de terre avec l’ambition de développer de l’élevage de vache et de plantation d’espèces pour l’industrie pharmaceutique…Il tente aussi d’acheter une île pour y construire sa maison ! Un tout jeune homme plein de projets en somme.

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Prochaine étape, l’archipel du Vanuatu où nous devons retrouver nos amis Sylvain et Dorothée, récidivistes de l’épopée Filou.

 

Publié dans Pacifique

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